Non so se ho già pubblicato questo articolo, molto tempo fa. È dedicato agli eventuali appassionati di cultura francese.
MA FRANCE
Puisque dans cet article j’aurai l’air de réclamer le droit de parler de la France comme si je la connaissais vraiment, de l’intérieur, bien mieux que la plupart des journalistes et des écrivains étrangers qui en ont parlé, je me fais un devoir d’écrire ce texte en français. Je démontrerai tout au moins d’être capable d’une chose qui ne réussirait pas facilement aux critiques étrangers de ce beau pays.
La France a un grand passé, comme l’Italie. Mais tandis que l’Italie est très consciente du fait que ce passé est désormais très éloigné, et que son présent est de tout autre nature, le passé de la France est tellement récent, qu’elle n’a pas encore fini de l’élaborer le deuil – comme on dit – de sa gloire passée. On dirait aussi que les autres non plus, n’en ont pas fini : et en effet les critiques de la France en font l’objet, alternativement, de trop d’estime ou de trop de mépris. Les premiers croient qu’elle est encore ce qu’elle fut jusqu’en 1914, et les seconds ont peur qu’elle ne le soit encore, et pour cela ont tendance à la rabaisser.
Le premier obstacle, si quelqu’un veut connaître la France, est la langue. Ce grand pays a, en commun avec l’Italie, une piètre connaissance des langues étrangères. Par conséquent, entre le Français moyen et l’Étranger moyen il y a une impossibilité de communication. Celle-ci est possible seulement si le Français n’est pas moyen, si c’est un intellectuel (et donc le pire genre de Français qu’on puisse imaginer), ou bien si l’Étranger aime tellement la France qu’il en a appris la langue : et donc il n’est plus considéré comme un témoin impartial.
Le point important, dans tout ce qu’on a dit, c’est que les étrangers n’entrent en contact qu’avec cette couche de la population qui a affaire professionnellement aux étrangers – personnel des hôtels, des restaurants, des magasins – et, plus précisément, à la partie de ce personnel qui vit dans les grandes villes, notamment Paris. Et sur cette mince couche du peuple français forme son jugement.
Pour comprendre cette nation il faut ne pas oublier deux données fondamentales : c’est le plus grand pays d’Europe après la Russie (et après l’Ukraïne aussi, maintenant qu’elle indépendante) et de loin la plupart de sa population ne vit pas dans une grande ville. On doit donc voir Paris d’un côté, et de l’autre côté la France profonde. Paris est pressé, fourmillant, parfois malpoli, la France profonde est tranquille, gentille, amicale. On s’y sent en sécurité et le premier venu a l’air d’être un ami. Vous lui parlez français, il vous parle français, et vous vous sentez à la maison. Parce que vous y êtes, en fait. Et si la conversation se prolonge, vous avez de grandes chances d’être obligé de défendre la France, du moment que le sport préféré de ses ressortissants, c’est d’en dire du mal, comme s’il n’y avait rien de pire au monde. Il faut savoir objecter comme il faut, pour qu’à la fin ils admettent : « Eh oui, vous avez peut-être raison. Après tout, on n’est pas malheureux en France ». On n’est pas malheureux en France, disent-ils, sans savoir qu’en allemand, pour dire qu’on a touché le comble du bonheur on dit qu’on est wie Gott in Frankreich, comme Dieu en France.
La France est un pays où il fait bon vivre. On y mange bien, il n’y a ni vols à la tire ni cambriolages, sinon rarement, on s’y fait des amis et on oublie qu’on est à l’étranger. Et puis, si l’on est un spécialiste de la culture de ce pays, il y a lieu di tirer son chapeau à des résultats d’un très haut niveau, jusqu’à tout le XIXe siècle comprisEt c’est pour cela qu’il ne faut pas fréquenter les intellectuels français. Parce qu’il ne sont pas dignes de la France éternelle.
La France est un pays où il fait bon vivre. On y mange bien, il n’y a ni vols à la tire ni cambriolages, sinon rarement, on s’y fait des amis et on oublie qu’on est à l’étranger. Et puis, si l’on est un spécialiste de la culture de ce pays, si on s’intéresse à son histoire et à sa littérature, il y a lieu di tirer son chapeau à des résultats d’un très haut niveau, jusqu’à tout le XIXe siècle compris, qui justifient l’orgueil français. L’orgueil, attention, non l’arrogance.
Et c’est pour cela qu’il ne faut pas fréquenter les intellectuels français : parce qu’ils ne sont pas dignes de la France éternelle.
Gianni Pardo, giannipardo@libero.it
3 novembre 2009
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